Cinélégende

accueil > archives > > programme 2018-19> Retour à la Terre-Mère

retour à la terre-mère

mercredi 6 février, de 17h à 20h  : Rencontre Territoires troglos
En lien avec l'ESTHUA, Tourisme et Culture de l'Université d'Angers
- 16h45 Accueil
- 17h Conférence de Marie Lucas : Le patrimoine troglodytique immatériel
- 17h45 Table ronde animée par Geoffrey Ratouis, enseignant-chercheur à l’ESTHUA : Le tourisme est-il l'avenir du patrimoine troglodytique en Anjou ?
- 18h45 Film documentaire Dans les profondeurs de l’Anjou de Patrick Manain
Pendant des siècles, on n'a cessé de creuser en Anjou. Son sous-sol dissimule des milliers de kilomètres de salles et de galeries : des paysages fabuleux, propices aux rêves et aux fantasmes, intimement mêlés à la vie intime de la population...
- 19h45 Dégustation de produits du patrimoine troglodytique du Saumurois

Lycée Duplessy-Mornay, Saumur
Entrée libre
Renseignements et réservations : 02 41 86 70 80 - cinelegende@yahoo.fr

dimanche 17 février, de 10h30 à 11h45 et de 13h30 à 15h30  : Ateliers Lectures et arts plastiques, avec Barbara et Lulu
Matin : Pétrir, malaxer, découvrir et explorer des formes à partir d'une comptine.
Après-midi : A partir de la lecture de La naissance de terre, histoire écrite par Lulu, l'imagination sera à l'œuvre pour donner forme à des figurines d'argile animales ou humaines.
En lien avec
- les œuvres participatives Les Animaux Planètes
- le spectacle Conte Une nuit de douce lune de Guillemette de Pimodan (samedi 5 janvier 2019 à 19h - adultes et enfants à partir de 4 ans)
- la formation Initiation et/ou perfectionnement à l'art de conter (samedi 2 février)
Voir le programme.

Association Les Iles Balladart, 31 bd Albert Camus Angers
Entrée RDC rue des Gouronnières à l'angle du bd Camus, face au Centre commercial
Adultes et Enfants de 3 à 5 ans, accompagnés.
Participation : 5€ enfant/ 3€ adulte
Renseignements et réservations : 06 74 28 37 53 - les.iles.balladart@gmail.com

vendredi 22 février, 20h à 22h : Atelier d'écriture, Ecrire quand on est né quelque part, avec Véronique Vary de l'association Passez-moi l'expression  !
A partir d'un extrait de L'Homme tranquille de John Ford et d'autres œuvres sur le thème de la terre natale, venez écrire et circonscrire votre territoire et les endroits auxquels vous êtes attachés (prose, dialogue, poésie...).
La Marge, 7 rue de Frémur, Angers
Ouvert à tous : novices ou plus expérimentés
12 euros l'atelier
Renseignements et réservations : 06 81 30 64 63 - varyveronique@hotmail.com

mardi 26 février, 20h15 : Film
L'Homme tranquille  (USA, 129 min.) de John Ford, avec présentation et débat en présence de Louis Mathieu

Cinéma Les 400 coups, 12, rue Claveau, Angers

Tarifs habituels aux 400 Coups : 8 €, réduit 6,50 €, carnets 5,30 € ou 4,70 €, moins de 26 ans 5,90 €, moins de 14 ans 4 € - tarif groupe, les matins  également, sur réservation (02 41 88 70 95) : 3,80 €

jeudi 28 février, 18h30 : Conférence
Heureux qui comme Ulysse… Le mythe du retour aux origines, par Geoffrey Ratouis, historien

Gilgamesh, Ulysse, Simbad et tant d'autres héros de légendes ont inscrit leur nom au Panthéon en cherchant, après moult aventure, le chemin qui les mènerait à des rivages plus paisibles. Est-ce donc le rêve de tout aventurier que de retrouver ses pénates ? Et si le retour aux origines était, pour chacun de nous, la quête ultime ?

vendredi 1er mars, 19h : Soirée-Contes, avec Sylvie de Berg
Les visiteurs de Tir Na Nog

Mystérieuse Irlande… Entre ses tertres verts et la mer infinie, ses rivières serpentantes et ses forêts touffues, que d’êtres énigmatiques un instant entrevus, de mémoires endormies attendant le réveil ! Quelle force de vie !
Pour vous des Contes de cette Île fière que nul, jamais, ne put totalement asservir.

Pub Le Welsh, 25 place Imbach, Angers
participation au chapeau
réservations : 02 41 86 70 80


 

Commentaires

Textes de Philippe Parrain

Alors que, dans nos précédentes manifestations, Fedora ne parvenait pas à échapper à sa prison insulaire, et que Lola aspirait à larguer les amarres, le héros de L'Homme tranquille décide de revenir s'enraciner sur son île natale.

On pourrait croire que l'urbanisation a désormais éradiqué le sentiment d'appartenance à une terre. La montée des nationalismes semble pourtant contredire cette idée, tandis que les supporters de foot ou les jeunes des cités revendiquent farouchement leur territoire comme autrefois on défendait l'honneur de son village.

Inévitablement on appartient à un lieu, et l'on se retrouve de ce fait placé sous la protection de quelque figure tutélaire, ou simplement rattaché à des traditions qui nous enracines et nous fortifient, de la même façon qu'Antée devait reprendre contact avec sa mère, la Terre, afin de régénérer sa vigueur.

L'Homme tranquille

Sean O'Feeney, né en Amérique de parents irlandais, réalise, sous le nom de John Ford, près de 130 films, dont nombre de westerns immortels (La Prisonnière du désert, La Conquête de l'Ouest, L'Homme qui tua Liberty Valance…) et de poignantes chroniques humaines et sociales (Le Mouchard, Les Raisins de la colère…). Il s'est toujours attaché à mettre en scène, jusque dans les seconds rôles, de fortes personnalités, pittoresques, tendres et généreuses, toujours éprises de justice.

Qu'il s'agisse des pionniers prenant racine dans l'Ouest ou des Indiens relégués dans les réserves, des paysans chassés de leurs fermes ou des indépendantistes de l'IRA, il a toujours parlé d'appartenance : appartenance à la terre, au foyer, à la famille, à la communauté…, dont le symbole reste la Mère, ou à tout le moins une figure féminine.

L'Homme tranquille représente aussi bien, pour Ford lui-même, un retour au pays, la revendication d'un patrimoine tout empreint de chaleur humaine et d'humour, d'une connivence et d'une joie de vivre communicatives, en marge des drames qui agitaient l'Irlande et qui pesaient lourdement sur son autre film Le Mouchard.

Oscar du meilleur réalisateur en 1953, le film a été l'un des plus grands succès de Ford, aussi bien critique que public.
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thèmes mytho-légendaires des films

jouer avec les clichés

La population agreste, bucolique, attachée à ses traditions et à ses prêtres que John Ford s’était complu à nous montrer dans L’Homme tranquille n’existe plus, si tant est qu’elle ait jamais existé.
Pierre Joannon, Irlande, terre des Celtes

L’humour s’accommode volontiers de stéréotypes, de figures convenues, d’idées toutes faites qui permettent d’identifier immédiatement le décor et les protagonistes. Ford nous propose ici d’emblée une caricature de l’Irlande, avec tous les lieux communs qui s’y attachent  : le vert du paysage, les cheveux roux de l’héroïne, l’attachement à la tradition, la croix celtique, le sentimentalisme, la fougue, la jovialité, un brin de folie, et bien sûr des bagarres et beuveries de bonne connivence…, autant de marqueurs de l’identité fantasmée d’un territoire.

Même si tous ces indices restent vraisemblables, nous nous situons bien dans le domaine de l’imaginaire, de la reconstruction d’une réalité. À l’épisode du train proverbialement en retard et des interminables palabres sur le quai, succède immédiatement l’apparition de la belle bergère, fière et altière, menant ses blancs moutons. Vêtue de rouge (la terre) et de bleu (le ciel), elle pourrait être une incarnation de l’île d’Irlande. Image pieuse ou image d’Épinal ? « Un mirage causé par la soif », selon Michaleen… Mais, par-delà le besoin de se rendre au bar, une autre soif, l’éveil d’un désir réciproque entre Sean et Mary-Kate qui, comme dans une simple bluette, scelle immédiatement leur amour.

Sean de son côté incarne l’Américain, le héros viril, intègre et sûr de lui, du western, dont Ford, John Wayne et Victor McLaglen sont les parfaits représentants  : une autre caricature. Il arrive en conquérant et en civilisateur. Faut-il à ce sujet parler de la (prétendue ?) misogynie du réalisateur dont l’œuvre est riche de sublimes personnages féminins ? Et que penser de l’inénarrable séquence où Sean traîne de force Mary-Kate à travers champs ? On pourrait dire que c’est moins une femme que Ford malmène ici, qu’une tradition qui assujettit les femmes. Ce que comprend très bien Mary-Kate lorsqu’elle prend l’initiative de jeter sa dot au feu, ce qui signe son émancipation. Il faut quand même reconnaître qu’elle n’avait pas attendu cette violence libératrice (qu’elle espérait et provoquait en montant dans le train) : elle savait déjà tenir tête à son gaillard de frère et imposer autoritairement ses conditions en réponse à la demande en mariage que lui transmettait Michaleen.

Retour à Inisfree

Mais Ulysse désirait ardemment rentrer chez lui…
Homère, L’Odyssée

Ford nous propose là, comme dans ses meilleures productions, un film truculent où l’humour n’exclut pas la tendresse et une bonne dose de nostalgie qui imprègne l’ensemble des situations et qui, par exemple, se fait jour lorsque les habitués du bar se mettent à chanter au son de l’accordéon. Par-delà les clichés, le rêve d’un réalisateur qui voudrait se ressourcer, reconquérir ses racines, en fait revenir dans un pays qui n’est pas vraiment le sien, un pays imaginé : Inisfree dont le nom, hérité du gaélique ancien inis fraoigh, "île de bruyère" (bien qu’ici il ne s’agisse pas d’une île), renvoie à la mélodie The Isle of Innisfree de Dick Farrelly, qui évoque, sur le ton de l’exil, l’île d’Irlande. Cette complainte, inspirée d’un poème de Yeats, accompagne l’arrivée de Sean :
Je veux me lever, partir maintenant, partir pour Innisfree,
Une petite hutte y construire, faite d'argile et d'osier.
Neuf rangs de haricots j'aurai là, une ruche pour l'abeille à miel ;
Et vivrai seul dans le bourdonnement de la clairière.
Un fantasme de paradis, de "tranquillité" qui est très vite contredit par le poids de la tradition et par de perpétuels conflits.

Tel Ulysse, de retour chez lui dans l’île d’Ithaque, Sean doit s’y faire reconnaître et reprendre sa place dans sa maison, ce qui ne va pas sans mal. Le premier souci du héros grec avait été d’identifier son lit au cœur du palais afin de pouvoir y retrouver Pénélope. Sean est soumis à la même épreuve : s’installant dans sa chaumière, il commence par y dormir dans son sac de couchage. Mais une charrette lui apporte un jour un superbe lit, à la stupéfaction de Mary-Kate, et juste avant que Michaeleen ne se présente dans le rôle du marieur. Tout l’enjeu de sa relation avec la jeune femme sera d’affirmer sa situation à Inisfree afin de pouvoir partager cette couche conjugale, laquelle s’écroule tant que toutes les conditions ne sont pas remplies.

La maison, lieu de naissance et d’établissement, symbole de l’enracinement, est au cœur du film, et elle est indissociablement liée à la présence féminine : il doit y avoir là une femme (et surtout pas deux, comme on en convainc Danaher). Un passeur prend en charge Sean à son arrivée, il le fait passer sous la ligne de chemin de fer, puis sur un pont où il marque une pose afin de souligner l’accession à un domaine particulier, sacré. C’est là que se révèle la petite maison, modestement blottie au creux du vallon, qui s’imposera comme un lieu de renaissance, ainsi que l’indique son nom : la "Maison de l’Aube".

La Prisonnière du désert
La maison est un thème récurrent des films de Ford : âme du territoire, le home protecteur, la famille solidaire, la table autour de laquelle on se retrouve pour les repas, et tout au centre de belles figures de femmes et de mères qui veillent sur leur nichée... On voit celle-ci, en silhouette sur le paysage, rivée à la maison, dans l’encadrement de la porte, au début de La Prisonnière du désert : une mère en attente de ce qui peut surgir des espaces sauvages ; un personnage qui exprime la chaleur de la communauté, opposée au désert et à ses menaces.

Cette image de la mère est absente de L’Homme tranquille, mais Sean est malgré tout accueilli au début par la voix maternelle qui lui chantait autrefois les louanges de son vieux pays : « Elle était bien jolie notre petite maison… »

Le territoire

On ne peut pas toucher à cette terre. Elle appartient aux Sioux.
Intertitre au début des Trois sublimes Canailles de John Ford (1926)

Le Convoi des braves
La terre est réputée sacrée. Il n’en reste pas moins que la mise en garde adressée aux sublimes canailles est suivie, sans transition dans le film, par l’impressionnant départ du cortège des chariots à l’assaut du continent : un mouvement qui se poursuivra - à pied, à cheval, en diligence, en caravane, en train… - à travers des décennies de westerns qui ont retracé la conquête du territoire américain, le périple de ces foules lancées vers l’Ouest rassemblant des hommes venus de l’ancien monde (et notamment, chez Ford, des Irlandais) : pionniers exaltés, valeureux soldats, aventuriers solitaires et sans foi ni loi, prospecteurs cupides ou simples paysans en quête de terre... Ils s’établirent et durent bientôt défendre leurs nouveaux domaines. Ford s’est complu à témoigner de ces combats - charges de cavalerie au son du clairon et drapeaux au vent - même s’il ne les a pas toujours considérés comme vertueux ou glorieux, comme le montrent par exemple Les Cavaliers ou Sur la piste des Mohawks. Et, s’il n’a pas hésité (à titre personnel ou par personnages interposés) à se battre militairement pour sa communauté, il l’a toujours fait dans un esprit humaniste et non pas belliciste. Il rend compte d’une réalité historique, sans nier que l’implantation de colonies porte nécessairement préjudice à qui possédait le sol. C’est ainsi qu’il accompagne, dans Les Cheyennes, l’errance d’une colonne d’Indiens aspirant à regagner leur terre ancestrale.

On sait que, pour John Ford, lorsqu’elle dépasse la réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Telle était la leçon de L’Homme qui tua Liberty Valance. Il n’en a jamais usé différemment, notamment lorsqu’il a rapporté les grands moments de l’histoire des Etats-Unis. Nombre de ses films nous transmettent des légendes de fondation, à la manière de Virgile lorsqu’il racontait dans l’Énéide l’établissement de la cité de Rome, ou de l’Exode accompagnant les Hébreux jusqu’à la Terre Promise.

On pourrait ranger ses films en deux catégories, en fait deux moments de l’Histoire : les films nomades qui arpentent le territoire pour s’y implanter (Le Convoi des braves), et les films déjà enracinés dans un terroir, qui observent la vie quotidienne de microcosmes humains (Qu’elle était verte ma vallée, en fait un film de "terril") : la sédentarisation opposée à l’errance. Si ce n’est que ces deux thèmes s’associent le plus souvent pour évoquer un emplacement incomplètement conquis, une communauté étroitement soudée face à l’adversité, un refuge chaleureux au cœur de la tourmente, qu’il s’agisse de la diligence de La Chevauchée fantastique ou du cocon familial des Raisins de la colère.

L’Homme tranquille se situe en quelque sorte à contre-courant de l’épopée américaine : c’est bien un film de terroir, mais il se situe dans le cadre d’un retour vers l’Est. Il ne s’en agit pas moins d’une lutte pour la possession d’un terrain, l’établissement d’un foyer, l’implantation dans un territoire : une terre qu’il faut circonscrire pour se l’approprier, à la façon de ces saints bretons - Thélo, Édern  - qui délimitèrent leurs paroisses en en faisant le tour à dos de cerf, ou bien de saint Ronan à Locronan où la Troménie continue de remémorer le chemin qu’il parcourait chaque semaine, à jeun et pieds nus, autour de son monastère. C’est de cette même façon qu’à deux moments dans le film Sean jalonne son nouveau territoire : la course de chevaux et l’observation du rite consistant à faire faire un tour aux futurs époux. C’est par contre à l’américaine, en ligne droite, de la gare au bar, qu’à la toute fin, il emportera le morceau…

Un territoire représente une identité affective et culturelle tout autant que géographique. Ford excelle à inscrire l’aventure humaine au sein de remarquables paysages (désert, campagne, mer, Mexique, Afrique, Polynésie, Mongolie…), et il établit toujours un lien entre une communauté et un lieu : un espace clos, refermé sur lui-même, mais qui peut s’étendre à la diaspora. La culture se diffuse par-delà les frontières et les générations, étend ses ramifications à travers le monde. Même au loin, physiquement déraciné, on appartient toujours à la communauté, ce qui justifie le retour de Sean. Et, chez Ford, le lien se maintient avant tout grâce aux femmes. Même si, à Inisfree, on identifie Sean en se référant à son père et à son grand père, c’est sa mère qui avait préservé en lui l’amour du pays. C’est la veuve Tillane qui est restée la dépositaire de la "petite maison", et c’est lorsque l’on y fera venir une autre femme, nécessaire à l'équilibre d'un foyer, que celle-ci pourra revivre.

L’homme de la terre

L’art de Ford plonge de toutes ses racines dans la terre des hommes.
Louis Marcorelles, Cahiers du cinéma, août 1958

« Ce qui a été le mieux dépeint dans les westerns, c’est la terre », nous dit Ford. Il est certain que l’enjeu de la période décrite dans les westerns était bien, entre les Indiens et les Blancs, celui de la possession de la terre : une terre qui se trouve sacralisée par un réalisateur qui n’a cessé de célébrer Monument Valley, le site mythique de ces Indiens navajos qu’il a fait participer à ses tournages. Et si, selon les conventions du genre, les Indiens tombent à chaque coup de fusil, il n’en a pas moins donné la parole à leurs chefs, et témoigné son admiration pour leurs guerriers et son intérêt pour leurs coutumes, tout en dénonçant les exactions des Blancs.

C’est dire l’importance qu’il porte au terroir et à ses occupants. C’est ainsi que le personnage principal de L’Homme tranquille, celui qui retient toute son attention, toute sa tendresse, est certainement la terre d’Irlande. Il a toujours aspiré à y aller tourner, et il s’est acharné à réaliser ce film qui était particulièrement cher à son cœur. Plongé dans la réalité américaine, il évoquait volontiers le pays et faisait déjà régulièrement appel à des Irlandais, qu’il s’agisse de ses personnages ou des acteurs qu’il affectionnait.

Entre franche camaraderie et profonde communion, amitiés et antagonismes, c’est au niveau du groupe que Ford inscrit ses personnages. À l’opposé des réalisateurs de la subversion ou des artistes maudits, Ford n’hésite pas à ancrer ses films dans les valeurs traditionnelles. Il place la famille au cœur de ses films, parle de solidarité et, quand la cause lui semble juste, exalte la patrie. Mais ce sont des communautés qu’il observe et que, pour des raisons dramatiques, il oppose aux étrangers ou aux intrus, ceux que l’on rejette ou que l’on accueille. Il se rappelle que l’Amérique rassemble des émigrés de tous les pays d’Europe, des hommes sans terre qu’il a fallu intégrer, suscitant tout autant des exclusions que l’établissement de liens. C’est ainsi qu’aux mormons du Convoi des braves, qui festoient avec les Indiens, viennent se joindre, provisoirement et non sans tension, de joyeux saltimbanques et de violents hors-la-loi.

L’essentiel repose en fait sur la vérité et l’humanité des personnages, et leur attachement à la terre. Faut-il voir dans le nom de Thornton (thorn, "buisson épineux" et tun, "enclos") un signe d’un lien avec le terroir ? Ce qui ne l’empêche pas d’être un étranger. Mary-Kate se moque de lui quand elle le découvre en train de cultiver des roses ; elle aurait sans doute préféré qu’il s’occupe de cultures vivrières, à la façon de son frère qui, lui, est lié à la terre et à sa fécondité. Et autour d’eux se déploie toute la communauté villageoise, haute en couleurs, à la fois hétéroclite et soudée, avec au centre Michaleen, le petit génie du lieu, qui hante le paysage et tricote la vie sociale.

La gardienne du territoire

Je suis la Souveraineté. Par ton geste d’amitié, tu viens de me conquérir.
Jean Markale, Le Triple Visage de la Femme Celte, Courrier de l’Unesco, déc. 1975

Qu’il s’agisse des pionniers prenant racine dans l’Ouest ou des Indiens relégués dans les réserves, des paysans chassés de leurs fermes ou des indépendantistes de l’IRA, Ford a toujours parlé d’appartenance : appartenance à la terre, au foyer, à la communauté…, dont le symbole reste immanquablement la Mère, élément stable, fort et aimant, qui maintient la cohésion de la famille, ou à tout le moins une figure féminine, même si ses films, westerns ou films de guerre, sont avant tout des films d’hommes.

Il est vrai que la femme, toute soumise à l’homme qu’elle soit, s’affirme à travers tous les aléas de l’Histoire comme la gardienne de la tradition. Il semble que sa place ait été primordiale dans le monde traditionnel et que, dans le cadre de sociétés, celtiques ou autres, originellement matriarcales, elle ait incarné la souveraineté et assuré la transmission. C’est elle qui donne l’investiture. Ainsi la déesse Ériu demanda aux Gaëls, qui venaient d'arriver sur le territoire, de donner son nom au pays : Eire, la verte Érin. On pense aussi à Medbh, cette reine mythique de la province de Connaught, dont le nom signifie "l'enivrante", qui fut épouse de plusieurs rois successifs qui tenaient d’elle leur pouvoir. Déesse de la guerre, elle incarnait le pouvoir féminin sur les hommes, y compris sexuel, à tel point qu’on disait qu’elle « prodiguait l’amitié de ses cuisses aux guerriers qui la servaient »

Dès sa radieuse apparition, Mary-Kate s’impose pour Sean comme l’image même de cette Irlande à laquelle il rêvait, et tout le récit se déroule à partir de cette rencontre : entreprenant de l’apprivoiser pour la faire sienne, il doit composer avec elle et se soumettre à la fois à ses exigences et aux usages du pays. Il doit admettre que le droit celtique de l’ancienne Irlande reconnaît la femme comme l’exacte égale de l’homme. Dans le cadre d’un mariage librement consenti, elle garde la possession de ses biens propres consistant en objets utilitaires, bijoux et têtes de bétail ; elle peut en user à sa guise et, si elle le souhaite, les aliéner.

Présentée au début comme une mère nourricière pour la maisonnée de son frère, elle exerce son autorité sur lui. C’est elle la véritable, et indispensable maîtresse du foyer, ce qu’elle confirmera à la fin du film en accueillant à table, dans sa nouvelle maison, les deux hommes. Le temps qui se déroule entre ces deux moments reste en suspens : tant que Sean esquive l’affrontement et que la situation n’est pas dénouée, elle ne peut assumer son rôle, de la même manière que tout se fige dans le château tant que la Belle au bois est endormie, et que la terre devient infertile lorsque Perséphone a disparu.

Mythologiquement la femme, porteuse de vie, représente la terre et toutes ses potentialités, tandis que l’homme incarne le ciel fécondant. C’est leur union qui libère les forces vitales. Dès que Sean et Mary-Kate ont franchi le bras d’eau qui marque la frontière vers l’autre monde et qu’ils se retrouvent dans le cimetière, ils bousculent les traditions et brûlent les étapes rituelles. Le vent se lève d’un coup, le tonnerre gronde et les éclairs embrasent les téméraires : ils défient le jugement de la société comme celui du Dagda, le dieu irlandais de l’orage, et ils s’étreignent ardemment sous la pluie fertilisante qui, détrempant leurs vêtements, les met pour ainsi dire à nu. Un baiser au sein de la terre, une ablution purificatrice, en quelque sorte une bénédiction céleste.

Combat de géants

Les grands Gaëls d’Irlande,
Ces hommes que Dieu a créés fous,
Car toutes leurs guerres sont joyeuses
Et toutes leurs chansons tristes.

Gilbert K. Chesterton, The Ballad of the White Horse

Nous assistons dans L’Homme tranquille, comme dans les épopées irlandaises (ou dans la guerre des indépendantistes de l’IRA contre les Anglais qui sert de cadre au film Le Mouchard ), à une lutte pour l’appropriation du territoire, un combat qui cependant n’exclut pas toujours une bonne dose d’humour et de truculence, pas plus qu’une certaine empathie vis-à-vis de l’adversaire. Les anciens récits parlent de batailles entre les différents royaumes en compétition, le plus célèbre étant la Razzia des vaches de Cooley, dont l’enjeu est la possession d’un taureau fabuleux : plus que la défense de la mère-patrie, des querelles de clocher pourrait-on dire, de petites guerres picrocholines élevées au rang de gestes héroïques. C’est, dans le film, le personnage emblématique d’une femme que se disputent Sean et Danaher.

Faut-il y voir un lointain écho de ces mythes irlandais qui font état d’invasions successives de l’île, de celle notamment des Tuatha-Dé-Danann, les "fils de la déesse Dana", qui supplantèrent les Fomoire, monstrueux "Géants de la Mer", et apportèrent avec eux l’art druidique et les bienfaits de la civilisation ? Envahisseur/colonisateur ou libérateur/fondateur, quel peut donc être le rôle de ce Yankee, enfant prodigue que l’on fête et dont on se défie ? On peut juste dire qu’à l’exemple de bien des héros de Ford, il s’élève contre l’injustice et fait preuve d’un héroïsme spontané, dénué d’arrière-pensées, face ou pouvoir excessif de certaines institutions : non plus la loi des bandits ou les exactions de l’armée, mais tout simplement le poids des traditions. Comme dans un western, John Wayne vient revendiquer sa terre et y faire régner l’ordre.

Danaher de son côté incarne l’ancienne loi. Il représente les forces brutes, primordiales des te

mps barbares, le temps de ces Géants que l’on rencontre dans les contes et les festivités populaires, et qui sont des personnages récurrents dans quasiment toutes les mythologies. Tel Antée, le fils de Gaïa, de la déesse Terre, lequel forçait les étrangers qui passaient sur ses terres à lutter avec lui, il défie d’emblée le nouvel arrivant. C’est bien en tant que géant que Danaher se manifeste lorsqu’il entre en scène, dominant de toute sa stature la petite bonne, et il fait figure d’ogre lorsqu’au lieu de recevoir le prétendant à la main de sa sœur, il continue d’ingurgiter son repas.

Face à lui, Sean apparaît comme le jeune dieu qui va rénover le monde, ou du moins comme l’un de ces héros (Persée, Tristan, Siegfried…) ou saint(e)s (Michel, Georges, Florent, Marguerite, Marthe…) qui, en terrassant ou apprivoisant de terribles dragons incarnant l’ancienne foi, témoignent de la lutte de la lumière contre les ténèbres. Les justiciers de westerns face aux hors-la-loi (et aux Indiens), les flics des films policiers face aux gangsters, et les exorcistes face aux esprits maléfiques pérennisent au cinéma cette perpétuelle confrontation des bons et des méchants.

Sean sait ménager la puissance dont il est porteur. Après avoir été éconduit lorsqu’il se présentait, tout transi d’amour, avec son petit bouquet de fleurs à la main, à la porte du Géant, il déverse son trop plein d’énergie sur son cheval qui l’emporte au galop. Mais il va enfin lui falloir livrer combat. Tel Samson privé de sa chevelure par Dalila, il a perdu sa force. La Femme, Mary-Kate, qu’il empoigne résolument, la lui rend, et, nouvel Héraclès, il peut défier Antée qui, lui, doit régulièrement toucher sa mère, la Terre, afin de se revigorer.

Ces solides empoignades, que tout le monde attendait comme une nécessaire libération, rétablissent l’équilibre et l’harmonie au sein de la communauté, entre les anciens adversaires et surtout dans la petite chaumière qui abrite le couple. Avec l’établissement de ce nouveau foyer, et tandis que Danaher convole avec la veuve Tillane, la transmission devient effective d’une génération à la suivante.

Sacralisation du territoire

Espaces mythiques

Les hommes, en habitant leur territoire, deviennent ce territoire.
Joël Bonnemaison, Le Territoire enchanté : croyances et territorialités en Mélanésie

La géographie ne saurait se limiter à l’étude de la répartition des terres et des mers à la surface du globe ou à l’observation matérielle, objective de lieux. Elle implique tout aussi bien la connaissance des hommes qui les habitent et s’y investissent : leur vécu, leurs pensées, sentiments, croyances, rêves…, tout ce que l’on peut désigner en tant que "culture". L’homme habite un paysage qu’il transforme et façonne tout en étant modelé par lui. Joël Bonnemaison parle de "paysage enchanté", "sacralisé".

C’est ainsi que les peuples se sont forgé des mythes fondateurs qui rendent compte de l'origine d'une cité, d'un pays, d'un fleuve, d’une forêt... Car les hommes sont fatalement nés d’une terre, celle où ils vivent, pour les "autochtones", ou celle dont ils sont originaires, pour ceux qui sont venus d’ailleurs. C’est ce que stipule le préfixe "géo" qui précède "graphie" en plaçant cette science sous le patronage de Gê, la déesse Gaia, la Terre-Mère des Grecs.

Le centre géographique de la France à Bruère-Allichamps
Les mythologues, entre autres les chercheurs de la Société de Mythologie Française, scrutent les paysages et interrogent tous les signes qui peuvent témoigner de la sacralité d’un territoire : les particularités du paysage, les traditions, légendes et récits, la consécration de lieux saints, les toponymes, la relation entre différents lieux… Les communautés humaines s’établissent à l’intérieur de limites naturelles et s’attachent à identifier sur leurs territoires des centres, des "omphalos" qui, pour eux, deviennent autant de centres du monde. Tel fut Cenabum (probablement Orléans) pour les Gaulois. Bruère-Allichamps (Cher) se revendique, entre autres lieux, comme le centre de la France, tandis que Delphes, Rome, la gare de Perpignan, voire le quartier Malakoff, à Nantes, prétendent être autant de nombrils du monde… L’Irlande quant à elle était partagée, selon les quatre points cardinaux, en quatre provinces : l’Ulster, le Connaught, le Leinster et le Munster, et plaçait au centre le comté de Meath avec la ville de Tara, siège de la Souveraineté.

Les recompositions successives du territoire, définies par l’administration, laissent transparaître des signes d’appartenance qui se sont transmis tout au long de l’histoire. On peut reconnaître, par-delà les limites départementales, celles des anciens évêchés qui avaient reproduit celles des peuples gaulois. Les régions se sont superposées aux provinces telles qu’elles avaient été définies lors de l’occupation romaine. En attendant les communautés d’agglomération, les communes ont remplacé les paroisses qui représentaient les premières unités de peuplement dépendantes des châteaux médiévaux ou des oppida celtiques. Mais il semble que la destruction des équilibres culturels, la perte d’identité sous la pression des enjeux financiers et politiques, la dilapidation des ressources écologiques n’aient pas réussi à totalement effacer l’empreinte du patrimoine culturel et mythologique dont tous ces lieux restent porteurs. Il faut insister sur l’importance de la conservation des paysages.

Matrimoines

Je ferai de toi le plus considérable seigneur issu de ton lignage et le plus puissant au monde.
Jean d’Arras, Le Roman de Mélusine

L’Edda scandinave évoque le géant primordial Ymir dont le corps dépecé devint la terre, le sang la mer, les os les montagnes, la sueur la rosée, les dents les cailloux, et le crâne le ciel... On se rappelle surtout la revendication du chaman amérindien Smohalla : « On me demande de labourer la terre. Mais prendrai-je un couteau pour déchirer le sein de ma mère ? […] Vous me demandez de creuser le sol pour en extraire des pierres. Dois-je donc creuser sous sa peau pour en retirer les os ? […] On me demande de couper l’herbe pour en faire du foin, le vendre et m’enrichir comme les Blancs. Mais qui oserait couper les cheveux de sa mère ? »

Contrairement à ce que voudrait nous faire penser le mot "patrie", de pater, "père", la Terre, source de toute prospérité, reste fondamentalement maternelle, et donc féminine. C’est elle qui, telles Déméter et bien d’autres déesses à travers le monde, fait pousser les plantes nourricières. C’est en son sein que se développent les riches minéraux. C’est elle qui, telle Nephtys déployant ses ailes sur les sarcophages égyptiens, nous procure notre ultime demeure. C’est elle encore qui délimite et octroie le territoire.

La rencontre de Raimondin et de Mélusine dans Le Roman de Mélusine de Couldrette
À l’exemple de Didon qui fonda la ville de Carthage en en marquant la frontière avec une lanière finement taillée dans une peau de bœuf, c’est la fée Mélusine, une femme de l’autre monde, qui, avant de quitter définitivement Raimondin qui avait trahi sa confiance, lui avait accordé autant de terres qu’il en pourrait entourer d’une peau de cerf, établissant ainsi la fortune du domaine de Lusignan, en Poitou, et engendrant un prestigieux lignage.

Déjà, avant elle, en Irlande, un jour qu’il était seul dans son lit, Cruind vit venir à lui une superbe femme, Macha, autrement dit "la plaine". Elle alluma le feu, prépara le repas, alla traire les vaches… Quand elle revint le soir, elle éteignit le feu et alla se coucher avec lui. Il vit alors sa richesse décupler. Mais, alors qu’elle était enceinte de lui, il manqua à sa promesse de ne pas révéler son existence et, après avoir accouché d’un fils et d’une fille, disparut à jamais.

Terres d’Anjou

Plus mon petit Liré…
Joachim du Bellay

Si l'on en croit Bourdigné (1529), l’Anjou, entre autres, doit beaucoup à certaines navigations : tandis qu’un certain Francus, fuyant les ruines de Troie, se serait, à l'instar d'Enée, engagé sur les mers pour venir léguer son nom aux Français, ce seraient les descendants d’Ajax, les Angions, qui, parvenus sur les bords de Loire, auraient été les premiers Angevins. Quant aux Plantagenêt, ils auraient, eux aussi, revendiqué l’ascendance d’une fée : Roscille, l’épouse de Foulques le Roux, qui, aspergée d’eau bénite, se serait envolée en laissant traîner derrière elle une révélatrice odeur de soufre…

Gargantua chie Bouzillé, L'Anjou vinicole, n° 39, 1925

On relève par ailleurs, un peu partout en France, la présence du géant Gargantua qui a arpenté de long en large le territoire, que l'on peut considérer comme le vestige d'une très ancienne divinité prenant ses racines dans les temps préhistoriques et dont la proverbiale gloutonnerie évoque celle du Dagda irlandais. C’est justement lui qui a façonné le paysage angevin. De la pointe de son sabot, il a tracé un sillon pour que la Loire, amenée jusque là par les géants Turo et Ando, puisse s'échapper vers la mer. À Saint-Georges-des-Sept-Voies, il a formé deux buttes avec le sable de ses bottes, fauché un champ de blé et, en se penchant, laissé tomber de sa ceinture sa pierre affiloire : le menhir de la Pierre-Longue. Il a aussi déposé le Caquin de Gohier (un gravier tombé de sa botte) et pissé la Boire de Blaison-Gohier, avant de traverser la Loire vers la Marsaulaie, sans oublier que c'est lui qui, un pied sur la cathédrale de Nantes, et l'autre sur celle d'Angers, a déféqué la butte sur laquelle le village de Bouzillé (bouse y est !) a été bâti.

Livres

. Philippe HAUDIQUET, John Ford, Seghers, 1974
. Patrick BRION, John Ford, La Martinière, 2002
. Joseph McBRIDE, À la recherche de John Ford, Actes Sud, 2007
. Joël BONNEMAISON, La Géographie culturelle, 2004
. Jean MARKALE, La Femme celte, Payot, 2001  

FILMS

. Bentley DEAN, Martin BUTLER, Tanna, 2016
. Niki CARO, Paï : l'élue d'un peuple nouveau, 2003
. Annemarie JACIR, Le Sel de la mer, 2008
. Vincente MINNELLI, Brigadoon, 1954
. Mehboob KHAN, Mother India, 1956

Programme 2018-19

 

l'homme tranquille

USA, 1959 - 129 minutes - couleurs - VO

Réalisation : John Ford
Scénario : Frank S. Nugent, d'après le roman The Green Rushes de Maurice Walsh
Image : Winton C.. Hoch
Musique : Victor Young
Interprètes : John Wayne (Sean Thornton), Maureen O'Hara (Mary Kate Danaher), Victor McLaglen (Will "Red" Danaher), Barry Fitzgerald (Michaleen O'Flynn), Ward Bond (le père Peter Lonergan)

SUJET
Responsable de la mort de son adversaire au cours d'un combat, le boxeur Sean Thornton décide d'abandonner sa carrière en Amérique pour retourner dans son Irlande natale et y couler des jours paisibles. Il veut racheter son cottage familial, mais se heurte à l'hostilité de Will "Red" Danaher qui le convoitait. Leurs rapports vont encore s'envenimer lorsque Sean courtisera Mary Kate, la sœur de Will. Le conflit prend des proportions homériques et galvanise toute la communauté villageoise.