Cinélégende

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mémoire d'une vie

mardi 12 décembre, 19h45 : Film
Fais de beaux rêves (Italie, 134 min.) de Marco Bellocchio, avec présentation et débat en présence du Pr Philippe Duverger, pédopsychiatre, CHU d'Angers, et de Louis Mathieu

Cinéma Les 400 coups, 12, rue Claveau, Angers
8 €, réduit 6,50 €, carnets 5,30 € ou 4,70 €, moins de 26 ans 5,90 €, moins de 14 ans 4 € - tarif groupe, les matins  également, sur réservation (02 41 88 70 95) : 3,80 €

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mercredi 13 décembre, 15h30 : Goûter-contes
  Enchantements sur l'hiver  avec Sylvie de Berg

Maison de quartier "Angers centre", 12, rue Thiers, Angers
Il était une fois… un ours, ou une princesse, ou encore le 1er sapin de Noël ? Ouvrez grandes vos oreilles les Enfants, nous partons en voyage tout près et très loin à la fois avec des histoires de partout, rien que pour vous !
à partir de 5 ans
Participation libre
réservations : 02 41 86 70 80

jeudi 14 décembre, 18h30 : Conférence
L'encre de la mémoire ou l'auto-légende par Geoffrey Ratouis, docteur en histoire, spécialisé en histoire culturelle

De La Guerre des Gaules de Jules César aux Mémoires d'Outre-Tombe de Chateaubriand, en passant par les Pensées de Pascal et les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, hommes politiques, chefs de guerre, penseurs et écrivains ont toujours pris soin d'écrire leur propre légende. Parfois d'une rigueur à l'épreuve de toutes critiques, parfois hagiographiques, les autobiographies n'en demeurent pas moins des tranches de vie où chacun pourra trouver une part de soi-même.
Institut Municipal, place Saint-Eloi, Angers
Gratuit

vendredi 15 décembre, 20h :
Film documentaire
Histoire d'un secret
(France, 93 min.) de Mariana Otero, débat en présence de Philippe Grosbois, maître de conférences en psychologie  

Cité des associations, salle 7, 58 bd du Doyenné, Angers
Gratuit

vendredi 22 décembre, 20h à 22h : Atelier d'écriture
Mes ancêtres, avec Véronique Vary, de l'association Passez-moi l'expression !

Le héros de la famille est au cœur des histoires qui se transmettent et habitent les mémoires. Remontez à l'arbre pour inventer votre généalogie de rêve.
La Marge, 7 rue de Frémur, Angers
Ouvert à tous : novices ou plus expérimentés
40 euros le cycle / 12 euros l'atelier
Renseignements et réservations : 06 81 30 64 63- varyveronique@hotmail.com

jeudi 28 décembre, 13h15 : Film
Hugo Cabret (USA, 128 min.) de Martin Scorsese, avec présentation et débat en présence de Gildas Jaffrennou, enseignant cinéma

Cinéma Les 400 coups, 12, rue Claveau, Angers

à partir de 8 ans
Tarifs habituels aux 400 Coups : 8 €, réduit 6,50 €, carnets 5,30 € ou 4,70 €, moins de 26 ans 5,90 €, moins de 14 ans 4 € - tarif groupe, les matins  également, sur réservation (02 41 88 70 95) : 3,80 €

Commentaires

Textes de Philippe Parrain

Nous avons vu comment une mémoire secrète nous imprègne et, à notre insu, détermine nos comportements les plus élémentaires. Mais c’est Mnémosyne qui permet à nos souvenirs d’affleurer à la conscience. Nous faisant don du langage et de l’écriture, elle nous a permis de les graver pour la postérité. Il est devenu possible de se raconter des histoires, de les conserver, de se les transmettre, et d’en tirer des leçons de vie.

C’est ainsi que naissent les légendes, du latin legenda, « ce qui doit être lu » et, par conséquent, ce qui doit être écrit. Les histoires de vie ont pour vocation de devenir exemplaires. Il ne faut pas oublier que, dans "raconter ", il y a "conte", et il semble inévitable que la mémoire magnifie (ou dégrade) les souvenirs, aussi bien lorsque l’on fait son autobiographie que lorsque l’on évoque un personnage historique ou purement imaginaire.

De tous temps, l'Homme a souhaité perpétuer ses émotions et les hauts faits de sa vie quotidienne. Il les a d'abord enregistrés sous forme de signes, puis transmis par la tradition orale, avant de les archiver par l'écrit, & le son ou l'image, avant de les confier à la mémoire exponentielle des réseaux informatiques qui peut être vue comme une hypermnésie pathologique.

S'il peut suffire de l'intensité d'un regard pour raconter toute une vie, les récits cinématographiques peuvent être considérés comme autant de flash-back réactivant une réalité vécue et permettant de véritablement remonter dans les arcanes des souvenirs réels ou imaginaires.

Fais de beaux rêves

Bellocchio a imaginé de nouvelles séquences par rapport au best-seller qu'il a choisi d'adapter : un roman autobiographique qui, en 2012, a connu un immense succès en Italie. Il a par contre négligé certains moments de la vie de son héros, notamment son adolescence et sa jeunesse, tandis que certains points, comme par exemple l'allusion à cette boîte d'allumettes avec laquelle sa mère a allumé sa dernière cigarette avant de mourir, ne peuvent être compris que par ceux qui ont lu le livre.

Il se défend de tout sentimentalisme et s'affirme comme un réalisateur engagé dont les films sont fermement ancrés dans leur contexte historique. Mais l'imaginaire tient une grande place dans son œuvre, ce que semble indiquer la dimension onirique du titre du film. Si le scénario mêle les époques, l'histoire semble en fait être racontée au présent, celui de l'adulte qui revient sur son passé et se rappelle des temps, radieux ou non, émotionnellement amplifiés par le souvenir.

Depuis Les Poings dans les poches, qui révéla le réalisateur en 1965, il accorde souvent un rôle central au personnage de la mère.

Hugo Cabret

Hugo Cabret apparaît comme une exception dans la carrière de Scorsese qui, de Taxi Driver aux Gangs of New York , nous a habitués à des scénarii plus musclés. Mais ce regard porté sur l'enfance, en même temps que sur l'éclosion d'un art, répond à une des vocations de ce cinéphile passionné qui s'est consacré à la mémoire du cinéma en fondant la World Cinema Foundation pour restaurer des films anciens et en nous conviant, dans ses documentaires, à des Voyages à travers les cinémas américain et italien. Il a d'ailleurs tenu à rendre ici un bel hommage à Méliès en incarnant personnellement un simple photographe venu l'immortaliser.

Le Paris qu'il nous donne à voir mêle fantaisie et réalité historique (l'épisode du train éventrant la façade de la gare a vraiment eu lieu ; c'était le 22 octobre 1895...). Il renoue ainsi avec la tradition qui oppose, dès l'invention du cinéma, la rigueur des Lumière, témoins de leur temps, aux fantasmagories du magicien Méliès. Et, dans ce portrait véridique d'un vieux marchand de jouets, Scorsese ne s'est pas privé d'enjoliver l'histoire en faisant appel à de nouveaux effets spéciaux que n'aurait sans doute pas reniés le Maître.

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thèmes mytho-légendaires des films

L’automate que cherche à réparer Hugo Cabret a enregistré ce qui a été inscrit dans les rouages de sa mécanique, mais il lui faut la clef du cœur pour s’en souvenir. Méliès a besoin d’entendre le cliquetis d’un projecteur pour que tout ce qu’il dissimulait au fond de sa mémoire soit déverrouillé. Et ce que Massimo a vécu, senti, pensé au cours de sa vie s’est imprimé, "engrammé" dans les circonvolutions de son cerveau et est susceptible d’être réactivé par une stimulation appropriée ; mais il doit attendre qu’on lui apporte la bonne clef pour pouvoir démêler l’écheveau de ses souvenirs.

LA FAbrique des rêves

Plutôt que d’avoir affaire avec la réalité, nous préférons cohabiter avec la fiction.
Massimo Gramellini, Fais de beaux rêves mon enfant
Venez rêver... avec moi..
Méliès, à la fin de Hugo Cabret
Hugo et Massimo en attente, l'invitation à la danse
Le film Hugo Cabret s’ouvre sur une image d’engrenages, accompagnée d’un bruit de train qui devient tic-tac d’horloge qui nous fait remonter le temps vers un lieu rêvé de carte postale ancienne, douillettement enveloppé par la nuit et la neige. La Gare (en fait un amalgame des différentes gares parisiennes), la tour Eiffel, Notre-Dame et l’Arc de Triomphe y sont implantés de façon improbable dans un Paris de fantaisie. On pénètre avec la caméra sur les quais de la gare, et on se glisse parmi les voyageurs à travers le hall et jusqu’au "4" de la grande horloge d’où perce le regard d’un Hugo aux aguets : une véritable invitation à entrer dans le conte.

Le petit Massimo, lui, penché sur ses devoirs, apprend ses leçons lorsque la main de sa mère entre dans le champ et l’invite à l’évasion : un moment de danse qui s’inscrit dans « les engrenages de [s]on petit cerveau » évoqués dans le roman, en participant de la rêverie du souvenir qu’il aura échafaudée au fil des années.

Les petits héros de nos deux films sont des exilés de la vie. Tandis que l’orphelin Hugo regagne un père en la personne de ce Méliès - Papa Georges - qu’il admire, dont il partage secrètement la passion et vers lequel il se sent irrésistiblement attiré, Massimo, en quête d’une nouvelle mère, vit un véritable rêve éveillé, en déni de réalité. Il pense pouvoir, dans l’euphorie d’une danse effrénée, en retrouver une ; mais Elisa, s’élançant du plongeoir de la piscine, réveille l’image de la chute fatale.

Massimo se blottit près du souvenir de sa mère
Il n’arrivera pas à "laisser partir" sa véritable génitrice ; incapable de s’arracher à son rêve, il conjure sa peur en retournant se réfugier au creux intime du souvenir de sa présence. Il répète ainsi, sans le résoudre, le mythe universel d’un Œdipe en conflit avec son père Laïos, dont l’union trop fusionnelle avec Jocaste, sa mère, amène celle-ci à mettre fin à ses jours...

Fais de beaux rêves est dit "inspiré d'une histoire vraie". Le film est pourtant bien différent de l’autobiographie de Gramellini dont on peut semblablement douter de l’authenticité par rapport à la réalité de ce qu’il a vraiment vécu : « Mais étais-je vraiment ainsi ? Ou est-ce la mémoire qui a arrangé mes souvenirs dans le but de me confectionner un autoportrait complaisant ? » Le principal n’est-il pas, en fin de compte, de s’arranger pour en faire une belle histoire qui parle d’une mère aimée, et d’une mère aimante ? Bellocchio assume pleinement sa propre subjectivité. Au fil des récits, des écritures, chaque transcription inévitablement déforme les faits. On se souvient qu’à force d’écrire à propos de sa famille, Hervé Bazin en arrivait à avouer qu’il ne pouvait plus discerner ce qui, de sa vie, relevait de la réalité ou du roman.

Les rouages du temps

Je suis devant vous, ce soir, grâce à un jeune homme très courageux qui se retrouva devant une machine cassée et qui, contre toute attente, la répara. C’est le plus généreux tour de magie que j’ai jamais vu.
Méliès à la fin de Hugo Cabret

Mais jamais le rêve ne se substituera totalement à la réalité, avec ses égratignures et ses plaies ouvertes : une douleur que l’on peut chercher à colmater ou bien traîner toute sa vie. La première partie de Fais de beaux rêves, jusqu’à ce que le petit Massimo, tourmenté par le souvenir de sa mère, se réfugie sous des coussins, n’est en fait qu’un long flash-back qui exaspère, en les réveillant, des émotions passées, les joies, les peurs, les angoisses qui demeurent comme autant de points d’interrogation. Des réminiscences, idéalisées ou diabolisées, qui se dissipent lorsque Massimo, devenu adulte, se réveille sur son lit d’enfant. Mais il lui faudra atteindre la fin du film pour qu’il comprenne qu’en fait tous ces souvenirs n’étaient qu’illusion.

L'automate
Hugo et Massimo sont deux orphelins dépossédés de leur propre histoire, en quête de famille. Ils s’en inventent une en la personne de Belphégor ou de ce marchand de jouets qui finit par affirmer « Cet enfant m’appartient », assimilant Hugo à l’automate dont il déclare que, tout compte fait, il n’est pas cassé : « Il a fonctionné à merveille ! ». Car il s’agit bien là de "réparer les choses", de réparer le vivant à la manière d’un Frankenstein assemblant des bouts d’images, des engrenages ou des organes disparates en vue d’y réinsuffler la vie, rafistolant pourrait-on dire les rouages de la mémoire : celle de Massimo ; celle de Hugo qui, tel un petit Quasimodo, hante les tours des temps modernes dont il sonne les heures (faudrait-il rapprocher son prénom du nom de l’auteur de Notre-Dame-de-Paris ?) ; celle de l’automate, au visage inexpressif, qui attend placidement d’être réanimé ; ou encore celle de "Papa Georges", ce génial machiniste qui a dû cesser de tourner la manivelle de sa caméra... Même si les horloges continuent de tisser le cours de la vie en débitant leurs tic-tac, le mécanisme s’est enrayé. La mémoire les trahit tous et ils ne parviennent plus à remonter le fil du temps, comme dans cette mémorable séquence, à laquelle se réfère explicitement Scorsese, où Harold Lloyd s’accroche désespérément aux aiguilles d’une grande horloge.

Le film Hugo Cabret, avec sa galerie de personnages d’antan qui enrichissent le film de Scorsese et son regard rétro sur les années 30, revisite la mémoire, et sa construction en abyme nous conduit, en hommage, jusqu’aux premiers jours du cinéma. Hugo a la nostalgie de ces films qui pour lui étaient des "rêves éveillés" et lui procuraient un refuge : « Maman nous manquait moins ». La mémoire refoulée de Méliès finit, sous la pression, par exploser en un sublime envol de dessins. Mais le héros de Fais de beaux rêves, quant à lui, se referme obstinément sur ses souvenirs.

Le journaliste Massimo
Sans doute n’est-il pas aisé de régénérer une conscience blessée dans son innocence. Massimo est journaliste, il écrit, consigne ; il est par vocation en quête de vérité et devrait pouvoir, en déroulant sa vie, trouver la clef de son existence ; mais l’article qu’il rédige, tout vibrant soit-il, ne parvient pas à l’apaiser. Les flash-back alternés, qui pourraient susciter un travail de déconstruction et de reconstruction du passé, ne font que réactiver celui-ci en persistant à lui montrer une mère toujours présente, toujours vivante.

Le matériau humain est difficilement malléable. On se rappelle la légende du rabbi Loew, incapable d’animer un golem irréprochable et contraint de le détruire, ou de ces traditions où la divinité, constatant la déficience de l’être qu’elle a modelé, doit en re-créer un autre, plus performant, ou bien l’engloutir sous les eaux du Déluge afin de le régénérer. L’homme demeure vulnérable, tourmenté ; il conserve au creux le plus intime de son être le souvenir de son imperfection, et il éprouve sans doute le besoin de la dissimuler.

Le secret

Chez moi, le secret est enfermé dans une maison aux solides cadenas dont la clé est perdue et la porte scellée.
Les mille et une Nuits

Contrairement à la légende, legenda, qui veut qu’elle soit formulée, la coupure de journal que le père de Massimo cache dans la bibliothèque, et qui y reste soigneusement enfermée dans un livre, représente "ce qui ne doit pas être lu". Ce n’est qu’au moment où il lui faudra vider l’appartement de son enfance que Massimo la trouvera et qu’il se verrra obligé d’affronter la vérité. Et, tandis qu’il attend que l’automate lui livre son secret en l’inscrivant sur une feuille de papier, c’est également dans des livres, et dans des archives juchées au sommet d’une armoire, que Hugo découvre le secret que "Papa Georges" garde précautionneusement : "ce qui ne devait pas être vu" et qu’il pourra enfin visionner.

Belphégor, dans le film de Claude Barma (1965)
A noter que, pour Massimo, le gardien du secret est Belphégor, ce « monstre mou et spongieux qui se nourrissait de mes peurs » dont parle le roman : celui qui est censé le protéger du mal, en l’incitant à « tourner le dos à toute vérité qui puisse être source de souffrance ». Tandis que, pour Hugo, ce rôle revient au libraire, lequel est interprété par Christopher Lee que la mémoire cinématographique a identifié à Dracula.

Méliès lui-même, escamoteur dans l’âme qui se donne des allures de croquemitaine, prétend tout effacer et fuir son secret en prétendant réduire en cendres le carnet de Hugo. Avant d’être projeté en pleine lumière, il fait figure d’un être issu de l’au-delà, dont l’antre nocturne se situe au bout d’une double rangée de statues mortuaires. Il est intéressant de noter que ce sont des figures féminines qui font entrer tous ces personnages, protecteurs autant que menaçants, dans l’intimité de nos jeunes héros : la mère de Massimo, l’inspiratrice Isabelle, ou encore l’épouse de Méliès.

Hugo et Isabelle dans les entrailles de la gare
L’ombre de la mort, de l’oubli, plane sur les deux films. Certaines choses y sont dissimulées dans les profondeurs de la conscience. Belphégor hante les sous-sols légendaires du musée du Louvre, et Hugo de ténébreux couloirs qui évoquent, pour Isabelle qu’il invite à vivre l’aventure en la conduisant jusqu’à sa "tanière secrète", le personnage de Jean Valjean (encore une référence à Victor Hugo !). Les deux films s’inscrivent dans la verticalité, entre ce qui est caché (l’entretien des horloges), et ce qui est affiché (les horloges elles-mêmes). Massimo, quant à lui, est attiré, fasciné par les images de chute qui jalonnent sa vie : celle de l’héroïne à la fin de Belphégor, l’expérimentation de la pesanteur avec la tête de Napoléon qu’il jette par la fenêtre, le plongeon d’Elisa… Autant de signes, qui, bien qu’il soit incapable de les interpréter, font pressentir la révélation finale : la défenestration de la mère et son engloutissement dans l’absence.

l'absence du père

C’est lorsqu’on l’entrevoit, entraîné par deux hommes hors de l’appartement, et que la porte se referme aussitôt derrière lui, que l’on découvre le père de Massimo. Le hurlement qu’il vient de pousser a arraché l’enfant à son sommeil et à ses rêves. Peu avant, les statues guerrières que, blotti auprès de sa mère, celui-ci apercevait par-delà les vitres du tram, semblaient lui parler de la carence de ce père. Les multiples figurines de Napoléon qu’adulte il redécouvrira rangées en rangs serrés s’affichaient aussi comme autant de symboles paternels de substitution.

Un père absent, pour Massimo
Il restera un père absent, un père en flou. Seul son amour pour le foot, qui finalement constituera son héritage, permet de les rapprocher : sans doute une façon, à la manière de Belphégor, de détourner l’attention de sujets trop sensibles.

Hugo, qui fait tout pour échapper à l’orphelinat, ressent lui aussi une absence : « Je m’attends à un message de mon père ». Il est vrai que celui-ci survit dans l’énigmatique personne de cet homme mécanique, apparu au sein du brasier qui a dévoré l’homme, qui est investi de la charge d’assurer la transmission. Ce que n’a pas su accomplir l’oncle. Tandis que Méliès, qui est également un faux père pour Isabelle, se révèlera ultimement être un recours, une figure paternelle de remplacement, sévère mais fascinante, que l’enfant doit, seul, affronter et conquérir.

Sans doute faut-il savoir mériter son père. Alors que, par-delà son absence, le souvenir d’une mère reste, pour Hugo comme pour Massimo, un réconfort.

sanctification

Ce sourire de sainte sur lequel j’avais construit sa légende.
Massimo Gramellini, Fais de beaux rêves mon enfant

On peut supposer que Gramellini avait vu Le Sourire de ma mère de Bellocchio avant d’insérer cette phrase dans son autobiographie. Le réalisateur enfonce d’ailleurs le clou en 2013 lorsqu’il fait dire à cette mère (Isabelle Huppert) qui voudrait ainsi pouvoir arracher sa fille au coma : « Je voudrais être une sainte » (La belle Endormie). Le besoin de raconter sa (ou une) vie découle de l’idéalisation d’une personne, d’un lieu ou d’une situation, et du désir de l’élever au-dessus de l’expérience de la réalité. Le personnage de la mère dont rêve Massimo émerge au sein de cet appartement -cocon ou prison - vers lequel il revient et dont finalement il ne saura pas s’échapper. Le couloir, que la mémoire fait revivre et dans un recoin duquel il finira par la rejoindre, complice, évoque un antre déserté ou une grotte enchantée, ou encore la caverne de Platon au fond de laquelle sont projetées des images reflétant un monde idéal, un temps enfui.

Elisa et Massimo
Ainsi la mère de Massimo, son ange gardien, prend la dimension mythique d’une déesse-mère dont la danse embrase le monde et dont l’existence aurait même précédé le big-bang, ce temps « avant la naissance de l’univers » qu’interroge l’enfant ; elle serait cette étoile dont dépend la vie de la Terre… Mais le professeur relativise : « On a découvert que la Terre n’était pas au centre de l’Univers, mais qu’elle était seulement l’un des nombreux corps célestes qui le peuplent. » Massimo, devenu adulte, vient de le découvrir en embrassant Elisa, avec laquelle il retrouve la ferveur et l’exubérance de la danse primordiale. Et l’album "Astres et étoiles" qu’a laissé derrière elle sa mère ne témoigne finalement que d’une étoile déjà éteinte.

Sa quête l’a fait parcourir bien d’autres couloirs que celui de chez lui : chez le copain Enrico, chez Athos, à l’entrée de la discothèque, à Sarajevo, à l’hôpital... Autant de passages, franchis en aveugle, qui tracent un chemin de vie. À la façon de cet enfant qui, à Sarajevo, joue à la console et ne voit pas que sa maman est morte, il continue à se fermer les yeux, à nier une réalité évidente. Mais peu à peu le doute s’instille, et la rencontre d’Elisa apparaît comme une tentative de déplacement du mythe maternel. Elle ne peut pas pour autant le satisfaire : il ressent la bizarrerie de se trouver plus âgé qu’elle, plus âgé que sa mère…

Belphégor se dévoile
Jusqu’à ce qu’il tombe de haut lorsque Belphégor lève le voile, et que celle qui l’incarne se laisse tomber dans le vide. La chute est inévitable, et le passé nous revient toujours à la figure. Massimo revit enfin, enveloppée par la neige, la nuit fatidique. C’est la fin du rêve, la fin de la légende. Il s’avère que sa mère, comme celles du héros du Sourire de ma mère ou de Rosa dans La belle Endormie, n’est pas forcément une sainte. On aurait pourtant bien aimé s’en tenir à l’axiome de John Ford, dans L’Homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ! » Ce que bien sûr a fait celui qui s’est attaché à nous conter l’histoire de Massimo.

Quant au film Hugo Cabret, il célèbre la légende. Au terme de multiples cheminements dans les combles de la gare, dominant « les rouages [de cette] grande machine tourbillonnante » dont parle le livre, l’apothéose finale de Méliès montre à quel point un simple appareil mécanique peut engendrer de merveilleux rêves.

histoires de vie

Je crois que notre vie passée est là, conservée jusque dans ses moindres détails, et que nous n’oublions rien, et que tout ce que nous avons perçu, pensé, voulu depuis le premier éveil de la conscience, persiste indéfiniment.
Bergson, L’énergie spirituelle

Les dieux, existant en-dehors du temps, dans un éternel présent, n’ont rien à se rappeler ; ils sont par nature sans souvenirs et leur histoire se répète sans cesse. C’est avec les héros que les récits ont pu se développer. Guidés par une destinée, ils étaient dotés de mémoire : Ulysse aspire à rentrer à Ithaque et à y retrouver Pénélope; Œdipe, hanté par l’horreur de ses actes, erre sur les chemins de l’exil ; Antigone se veut fidèle à la mémoire de son frère…

St Augustin écrivant ses Confessions
Tous les héros de roman, comme les personnages historiques, sont également porteurs d’une histoire que préserve la mémoire commune. Ils s’affirment comme des êtres exemplaires et deviennent sujets de "légendes". Chaque homme a de même sa propre histoire dont il se souvient et qui mérite d’être dite. Confessions, testaments, mémoires, journaux intimes, chroniques ou annales, anamnèses, biographies, autobiographies d’inconnus ou de célébrités (éventuellement rédigées par quelque prête-plume) …, il y a longtemps que l’on a fait de l’art de raconter une vie ou sa vie un genre littéraire. Les techniques d’enregistrement audio ou vidéo permettent aujourd’hui d’archiver ce que l’oralité, ou la rumeur, a de tout temps colporté, avec ces inévitables distorsions qui témoignent de la tentation de réinventer la vie à sa convenance, en mieux ou en pire, quitte à la transformer en conte de fées. Massimo le sait bien…

L’immense palais de ma mémoire (Saint Augustin)

Nous sommes tout ce dont nous nous souvenons, et nous sommes tout ce dont nous ne nous souvenons pas, c’est-à-dire tout ce qui se souvient malgré tout en nous car notre mémoire émotionnelle en a engrammé le ressenti.
Patrick Estrade, Ces souvenirs qui nous gouvernent

C’est à Mnémosyne, la déesse grecque de la mémoire, que l’on doit l’invention des mots et du langage. Grâce à elle, chaque chose, chaque personne a reçu un nom qui permet de l’appréhender, de s’en souvenir. Elle est en même temps la mère des neuf Muses qui inspirent les artistes et leur permettent de perpétuer ce qui a été. Elle transcende le temps en établissant des ponts entre passé et présent, entre monde des vivants et monde des morts, et aussi bien entre visible et invisible. C’est elle qui, selon Platon, est source d'immortalité, et l’on dit qu’elle permet même de se remémorer des vies antérieures.

Les traces du passé s’accumulent et finissent par constituer, pour chaque individu, un trésor de choses vécues qui se tapissent dans son esprit ou dans les replis secrets de sa mémoire, et qui sont susceptibles de remonter à sa conscience. Il pourra alors en rendre compte et les inscrire dans la réalité du présent en les racontant, en les écrivant, en les dessinant, … Ce sont là autant d’actes de mémoire qui permettent de transmettre à la postérité l’empreinte de ce que l’on a été.

Sans doute notre époque, en quête de racines, en ressent-elle un besoin pressant ? Il s’est créé un marché pour explorer, et exploiter la mémoire. Les professionnels des histoires de vie, des généalogies et des autobiographies clé en mains, débitent la vie en tranches, exhibent les multiples personnes qui, du bébé au vieillard, et à travers toutes les situations, se succèdent au fil de l’existence, et en révèlent même les facettes cachées, insoupçonnées. Il semblerait parfois qu’à partir d’une seule existence, il soit possible de rédiger des dizaines de récits, sans pour autant jamais mentir.

L'incarnation de Bob Dylan par Cate Blanchett
En y ajoutant les ascendants, les proches et les héritiers, c’est un véritable kaléidoscope de personnages qui peut ainsi se déployer. Le cinéma, qui est friand de ce que l’on appelle biopics, n’est pas en reste et n’hésite pas par exemple, dans un film comme I’m not there, à faire incarner Bob Dylan en faisant appel à six acteurs distincts…

La nécessité de "faire mémoire" se manifeste encore dans les rituels de commémoration qui s’attachent à réactualiser les événements publics, ou privés, appartenant au passé, tandis que, depuis les gravures préhistoriques jusqu’aux films d’aujourd’hui, le "Musée imaginaire" perpétue tous les grands moments de la civilisation. C’est ainsi que, pour la société comme pour l’individu, c’est avant tout par le souvenir que l’on peut espérer continuer à (sur)vivre. Ne dit-on pas que « les morts ne sont vraiment morts que lorsque les vivants les ont oubliés » ?

l'oubli

Le déni est un facteur de protection, c’est-à-dire qu’il permet de moins souffrir et d’aller de l’avant, sinon on reste prisonnier du passé.
Boris Cyrulnik, Je me souviens...

La source du Léthé (l’oubli) était, en Grèce, voisine de la fontaine de Mnémosyne (la mémoire), ce qui souligne la complémentarité de leurs attributions. Les morts y étaient invités à en boire successivement les eaux avant de renaître sous une nouvelle identité, avec de nouveaux souvenirs. Et il est certain que, dans la vie quotidienne, il est nécessaire d’oublier pour "faire de la place", ou pour simplement vivre au présent, ce qu’ont du mal à faire les hypermnésiques, submergés par le flux incessant de leurs souvenirs.

En Égypte, c’est le dieu Thot qui inventa le langage, et surtout l’écriture afin de parer à la perte de mémoire. Mais « cette invention, en dispensant les hommes d’exercer leur mémoire, produira l’oubli », nous avertit Platon : « En tant que confiants dans l’écriture, ils chercheront au-dehors, grâce à des caractères étrangers, et non point au-dedans et grâce à eux-mêmes, le moyen de se ressouvenir. » Qu’aurait-il dit d’Internet ? Godard, de son côté, considère que « la télévision fabrique de l’oubli, alors que le cinéma fabriquait des souvenirs »

Alfred Hitchcock,Le Rideau déchiré
Mais il est des cas où l’on préfère oublier, ou à tout le moins dissimuler. Le Labyrinthe du silence nous en a donné un remarquable exemple. Les secrets d’Etat, militaires ou industriels sont censés protéger les intérêts stratégiques concernant la communauté. C’est là un domaine de prédilection pour les espions et pour le cinéma… Les familles aussi ont leurs secrets, souvent bien gardés. Il est des choses qui ne doivent pas être dites, mais que l’on pressent et qui peuvent gâter la vie de génération en génération, même si le but est initialement d’immuniser contre ce qui pourrait blesser, de préserver une certaine intimité ou de cacher ce qui est honteux.

la fabulation

La mémoire c’est l’image que l’on se fait du passé. Ça ne veut pas dire que l’on se mente – on se rappelle seulement de morceaux de vérité qu’on arrange, comme dans une chimère.
Boris Cyrulnik, Je me souviens...

On sait que la mémoire est chose capricieuse, versatile, volatile. Quoi de plus subjectif en effet ? Il est illusoire de croire que la réalité psychique se superpose à la réalité historique. Chacun se crée sa propre histoire et transforme volontiers sa jeunesse en vert paradis ou en enfer. Comme le dit Freud (Psychopathologie de la vie quotidienne), « ce qu’on trouve dans les soi-disant souvenirs de la première enfance, ce ne sont pas les vestiges d’événements réels, mais une élaboration ultérieure de ces vestiges, laquelle a dû s’effectuer sous l’influence de différentes forces psychiques intervenues par la suite. » La question se pose de la même façon lorsque l’on raconte la vie de tierces personnes : de qui rapportons-nous la mémoire sinon celle de l’auteur de la biographie ? Mathieu Amalric, nous parlant de Barbara, ne parle en fait que de lui-même…

Benicio del Toro, dans Che de Steven Soderbergh
De même, les conteurs mythiques, ou les historiens forgent une mémoire conforme aux attentes de la cité, tandis que le bouche-à-oreille et la rumeur engendrent des légendes : « Quand quelque chose d’étrange se produit, on en bavarde et la chose est répétée », écrit Marie-Louise von Franz (L'Interprétation des contes de fées). « Si les circonstances sont favorables, le récit se trouve enrichi de représentations archétypiques déjà existantes, et devient progressivement un conte. » C’est ainsi que le roi Arthur se retrouve à la tête de la Table Ronde, ou que l’on fait dévorer sa progéniture à Ugolin, qui fut simplement emprisonné et condamné à mourir de faim avec ses enfants. On pourrait aussi bien évoquer Cyrano, d’Artagnan, Gilles de Rais, Charlemagne… La Bruyère constate que « l’histoire a embelli les actions des héros », tout autant que « la vie des héros a enrichi l’histoire ». Clio, fille de Mnémosyne, est toujours prête à emboucher les trompettes de la renommée.

Du story-telling au culte des stars, et de la divinisation des personnalités aux manifestations populaires, l’actualité ne cesse d’engendrer des symboles, des images mythiques nourrissant une mémoire collective qui façonne à sa guise la réalité et notre représentation du monde. Le pouvoir de sublimation de la mémoire est évident. Qu’il s’agisse de nos proches ou d’hommes publics, il suffit de mourir pour se voir gratifié de toutes les qualités (ou bien de tous les défauts). Le passage à l’état de souvenir valorise aussitôt l’image de la personne défunte et transforme radicalement le sentiment à son égard de ceux qui restent. Le culte des ancêtres, honorés sur les autels familiaux, est toujours susceptible d’une dérive vers l’hagiographie : n’est-ce pas le jour anniversaire de leur mort, de leur "naissance au ciel", que l’on célèbre les saints ?

Livres

. Patrick ESTRADE, Ces souvenirs qui nous gouvernent, Robert Laffont, 2006
. Joël CANDAU, Anthropologie de la mémoire, PUF, 1996
. Philippe DUVERGER, Mes parents sont fragiles, Ed. Anne Carrière, 2016
. Boris CYRULNIK, Je me souviens…, L’Esprit du temps, 2009
. Serge TISSERON, Les Secrets de famille, PUF, 2011
. Catherine BONNET, Les enfants du secret, Odile Jacob, 1992
. Marie-Paule POILPOT (dir.), Naissance et secret: le droit à ses origines, Erès, 1999
. Serge NICOLAS, La Mémoire, Dunod, 2016
. Elizabeth LOFTUS, Katherine KETCHAM, Le Syndrome des faux souvenirs, Éditions Exergue, 2012
. Georges PEREC, Je me souviens, Hachette, 1978

Films

. Eric CARAVACA, Carré 35, 2017
. Orson WELLES, Citizen Kane, 1941
. Théo ANGELOPOULOS, L’Eternité et un jour, 1998
. Nick CASSAVETES, N’oublie jamais, 2004
. Joachim TRIER, Back home, 2014
. Claude MILLER, Un secret, 2007
. Luis PUENZO, L'Histoire officielle, 1985
. Thomas VINTERRBERG, Festen, 1998
. Michael HANEKE, Le Ruban blanc, 2009
. Mike LEIGH, Secrets et mensonges, 1996
. Élie CHOURAQUI, L’Origine de la violence, 2016 . Luis PUENZO, L'Histoire officielle, 1985

Programme 2017-18

 

 

fais de beaux rêves

Italie - 2016 - 134 minutes - couleurs - VO

Réalisation : Marco Bellocchio
Scénario : Valia Santella, Edoardo Albinati et Marco Bellocchio, d'après le roman de Massimo Gramellini
Image : Daniele Cipri
Musique : Carlo Crivelli
Interprètes : Valerio Mastandrea (Massimo adulte), Bérénice Bejo (Elisa), Guido Caprino (le père de Massimo), Emmanuelle Devos (la mère d'Enrico)

SUJET
Inspiré d'un roman autobiographique, le film retrace la vie de Massimo qui, à neuf ans, a perdu sa mère dans des circonstances mystérieuses. L'enfant a alors éperdument refusé d'accepter cette mort.

Trente ans plus tard, il est devenu journaliste sportif, puis reporter de guerre. Mais il n'a jamais cessé de chercher à comprendre pourquoi et comment sa mère a disparu. Persuadé de l'avoir trop aimée, il peine à s'engager dans une vie sentimentale. Lorsqu'il revient à Turin pour vendre l'appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l'obsession…

hugo cabret

USA - 2011 - 128 minutes - couleurs - VF

Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : John Logan, d'après L'Invention de Hugo Cabret de Brian Selznick
Image : Robert Richardson
Décors : Dante Ferretti
Musique : Howard Shore
Interprètes : Asa Butterfield (Hugo), Chloë Grace Moretz (Isabelle), Ben Kingsley (Méiès), Sacha Baron Cohen (l'inspecteur), Emily Mortimer (Lisette), Jude Law (le père de Hugo), Christopher Lee (Monsieur Labisse)

 

SUJET
Paris, les années 30. Suite à la mort de son père, Hugo Cabret, 12 ans, s'est réfugié dans les combles de la gare de l'Ouest (Montparnasse désormais). Il en assure secrètement l'entretien des horloges, en même temps qu'il tente de réparer un automate mécanique que son père avait entrepris de restaurer. Grâce à une autre orpheline, Isabelle, qui devient son amie, il retrouve la clef en forme de cœur qui lui permet de fonctionner. Hugo se fait rabrouer par un vieil homme, vendeur de jouets, l'oncle de la jeune fille. Mais il découvre que cet homme cache un secret. Il n'est autre que Georges Méliès qui, après avoir inventé et rêvé le cinéma de fiction, est tombé dans l'oubli...

histoire d'un secret

France - 2003 - 93 minutes - couleurs

Réalisation : Mariana Otero
Image : Hélène Louvart
Musique : Michael Galasso
Interprètes : Mariana Otero, Isabel Otero

 

SUJET
Mariana a perdu sa mère, la peintre Clotilde Vautier, lorsqu'elle avait à peine plus de quatre ans. Les suites d’une opération d’appendicite ayant mal tournée, lui a-t-on révélé un an plus tard. Ce n’est qu’à l’âge de trente ans que Mariana et sa sœur entreprennent de découvrir le véritable secret qui se cache derrière la mort de cette femme de 28 ans.